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Défense des Nuits poupres

 

Ce n’est pas le hasard, qui mène à l’écriture, mais le sentiment d’être à la croisée des chemins. On ne s’improvise pas auteur : on naît la plume, à la main, et on l’affûte, sa vie durant, afin de maîtriser cet outil, qu’est le langage, et les ingrédients, que constituent le lexique, la syntaxe, et la grammaire d’une langue. La maîtrise de celle-ci fait naître le rêve, et donne forme aux fantasmes, elle évoque les fantômes, et fait ressurgir les pulsions, que l’on dissimulait, tout au fond de soi. 

 

Il n’y a d’écriture, sans questionnement de soi. Sans introspection. Sans recherche même de la douleur.

 

L’auteur a subi le martyre d’être au monde : c’est un génie souffrant, parfois souffreteux, menacé par les siens, la maladie, la démence, et le spectre constant de la misère. Il entretient, avec eux, des relations ambiguë, car il se tient sur la corde raide, oscillant entre l’idéal auquel il aspire (le Beau), et les bas-fonds, qui l’attirent, parce qu’il se trouve des affinités, avec ceux qui y vivent (les marginaux, les laissés pour compte, les exclus).

 

La propre condition de l’auteur n’en est guère éloignée, et seul son goût des lettres l’en a sauvé. L’auteur s’est perdu lui-même, il a chu, craint pour sa propre existence, mise en danger, il a flirté avec la mort (jusqu’où devait-il aller, pour tester ses limites ?).

 

Quand il a paru se retrouver, il a effectué un retour rétrospectif sur son comportement, il a gagné en maturité, et il a compris ce qui lui échappait de prime abord. En prenant conscience de sa naïveté, face au monde qui l’environnait, l’auteur a fini par s’apercevoir qu’il ne savait rien, ou pas grand-chose.

Si ce n’est :

Souviens-toi que tout passe.

 

Ses certitudes sur l’amour, son entourage, lui-même, son identité, comme ses actions, constituaient, autant de rideaux de fumée, qui ont cèdé, sous la force, sous la pression des événements, tant il est vrai qu’il ne croyait qu’en la fragilité de sa condition, en l’éphémère, de la grâce, qu’il recherchait, et qui se dérobait, lorsqu’il croyait la percevoir.

 

L’auteur cherchait l’amour absolu : il a découvert que le pouvoir des mots donnait seul forme à son Idéal.  Aussi a-t-il peint l’amour, sous les traits de la mort, la souffrance fut prétexte à la poésie, le vide de l’existence se résolut par un besoin de dire, de tout dire, de trop dire, quittes à heurter, pour multiplier ce sens, dont manque l’existence, jusqu’à ce que les mots emplissent la page, comme les sons envahissent l’air.

 

Ce roman néo-décadentiste est bien plus que de la littérature : c’est le récit de quatre années de souffrances, dans la vie d’un jeune homme, mal né et qui n’aurait pas du survivre.

 

C’est la description, embellie par toutes les ressources, que fournissent les lettres, de ce que l’on nomme le calvaire. Comme si l’écriture était ce qui avait raccroché cet homme à la vie. Ce roman  qui raconte la chute d’un homme, vient de «la nuit noire, d’où émergent tous les vrais rêves », du monde de l’exclusion sociale, où l’auteur fut conduit, parce qu’il commettait le tort d’être lui-même.

 

Son manuscrit, il l’a rédigé sur une longue bande de papier, qu’il cachait sous ses ses hardes, parce que ceux qui auraient du lui venir en aide l’avaient condamné à l'opprobre, estimant que ses goûts contrevenait aux tenants des fondamentalismes de toute sorte.