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La mort

Etrangement, j'ai toujours vécu avec le sentiment de la mort. Enfant, j'étais très maigre et les infirmières scolaires ne cessaient de me dire sur un ton sarcastique que je ne passerai pas l'hiver. Mon appétit ne fut jamais important et je préférais de loin les nourriture intellectuelles qui ne cessèrent d'alimenter mon esprit. A l'adolescence, ma fascination pour la mort s'accrut. Elle s'accompagna d'un attrait pour la musique gothique industrielle. Je me vêtais de noir, hantais les cimetières, je lisais Nerval et Sade, m'intéressais au satanisme. Je traversais des phases de mélancolie importantes, n'avais le plus souvent goût à rien et me sentais loin de ce monde que je ne comprenais pas. Exclu socialement, par la situation de mes parents, je m'isolais et souhaitais disparaître. Plus d'une fois, je fis des tentatives de suicide, ou alors je me tailladais les veines. J'en ressentais un plaisir masochiste, et je pensais avec Mishima à  Saint Sébastien ou au Christ en croix. Etais-je fou, non je ne le crois pas, c'était pour moi une façon de me construire. Encore aujourd'hui, il n'y a pour moi rien de plus beau qu'une chambre ornée de rideaux noirs. La mort est mon amante, d'une certaine manière. En tout cas, elle m'a toujours procuré plus de plaisir que les hommes en rut. 

Parfois, j'entends dire de moi que je suis un anarchiste car je porte du noir, c'est faux, je suis juste moi-même dans l'acceptation de ma part sombre qui brille d'un éclat sinistre. Comme je ris quand j'entends dire que les Musulmans sont mus par la pulsion de mort, ce qui expliquerait le terrorisme. Non, la mort se vit au quotidien, dans les affres de la souffrance humaine, elle se donne et se refuse comme une femme trop aimée. La mort se mérite par le travail acharné d'une vie, elle se déguste comme des grains de caviar sur du bois vermoulu. Et après ?  il n'y a rien, si ce n'est l'histoire. Ecrire, c'est prendre le recul nécessaire pour comprendre le réel, mais en fait, on ne fait qu'enregistrer la mort.