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Il est 1h20 quand j'écris ces lignes. Je viens d'arriver en France, de retour de Berlin. Je m'interroge sur la notion de norme qui fut souvent soulevée à mon égard par Hervé Joubert-Laurencin. Qu' entendait-il par là? La norme occidentale, mais celle-ci diffère entre les Etats-Unis dont je me sens citoyen et la France qui m'a suicidé. La norme psychanalytique? Mais Freud ne fut suivi ni par Jung, ni par Lacan (profond homophobe au demeurant), ni par Reich que j'ai étudié.

Prenons le cas d'Hervé. Bourgeois leucoderme parisien, venu de Bretagne, hétérosexuel, marié et père. Tout ce qu'il y a de plus normal, ou plutôt "normatif" en apparence. Cependant, si l'on tente d'y voir plus clair, je constate chez lui des tendances paranoïaques: respect tatillon des codes, homosexualité refoulée que ma propre sexualité semblait troubler, personnalité demeurée au stade sadique-anal de la rétention des selles d'où son égoïsme à mon égard, narcissisme sur développé et incapable de supporter le mien (ou celui d'autrui, à vrai dire), égocentrisme nécessitant le besoin d'être entouré d'une cour de thuriféraires (hypocrites au demeurant). Dira ton d'un tel homme qu'il est normal?, ou en posant la question autrement: y a t-il des Parisiens normaux dans cette Ville-Lumière où les egos disproportionnés sont légion, et de ce fait, où les personnalités (je dirai même les essences) sont mises à mal de ce fait même que les luttes intestines, les noeuds de vipères, les calomnies et les ragots sont pléthore? Je crois que la question de la norme est même un faux problème humain, car les hommes s'entre-dévorent  se mentent, s'agressent, se tuent pour trois raisons principales qui sont le Pouvoir, l'Argent et le Sexe. Triptyque infernal que seul l'art peut selon moi transcender. Mes observations dans la société bourgeoise de Paris, mais aussi dans les quartiers populaires et même dans la rue oú j'ai partagé la vie des plus démunis ma mènent à la sombre conclusion que nous vivons dans un monde de déments, un univers décadent qui va lentement mais sûrement vers sa perte. Non, je n'envisage pas un avenir serein, la bêtise et l'ignorance me révoltent, mais je ne suis pas certain que l'on puisse faire quoi que ce soit contre. J'ai connu la misère, les affres de la maladie, le racisme de la part des Francais leucodermes (qu'ils soient de gauche ou de droite), la violence homophobe du monde arabo-musulman  mais cela m'affecte peu désormais. J'ai dit et fait ce qu'il convenait d'entreprendre. La mort peut venir, je ne m'appartiens plus,  je suis désormais à l'Histoire, alors que je croyais enfant que j'écrirai des histoires. Mes rêves se sont réalisés dans la douleur de la compréhension de la nature humaine. Qui suis-je? Homme, femme, vierge, putain, ange, démon, bourgeois, prolétaire. Au fond, peu importe.