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Lettre à Tahar Ben Jelloun

Monsieur,

J’ai lu avec attention vos remarques sur le fondamentalisme musulman.

Que les terroristes ne soient pas des fous, mais des criminels, cela est vrai, mais, ce que vous semblez passer sous silence, c’est le fait que l’Islam comme toute autre religion du livre est mortifère. 

Je vous parlerai d’un cas simple : le mien, car enfin, je ne peux m’exprimer au sujet des autres, ne les connaissant pas et ne pouvant théoriser à ce sujet.

Parce que je dérogeais par mes attirances sexuelles à la morale (le mot est cependant bien mal choisi) de ma famille (soi-dit en passant, immorale), j’ai été martyrisé, battu et enfin condamné á la rue.

Et pourtant je ne saurais dire que mes parents sont des terroristes.

Ils sont simplement musulmans et suivent la tradition, sans la remettre en question.

De cette religion, ils ne connaissent que quelques principes (dont la domination phallocratique), n’ont fait la prière qu’au soir de leur vie et se fondent sur des bribes de croyances entendues lorsqu’ils étaient plus jeunes de la bouche de quelque prédicateur de rue.

Ils ignorent ce que sont les versets abrogeants et abrogés, la signification du terme liwat leur est inconnue. Jamais ils n’ont été au courant du fiqh, se disent sunnites mais prétendent descendre d’Ali.

Qu’est-ce que l’Islam ?

Je me vois contraint de vous le dire : c’est une religion de ténèbres obscurantistes, fondé sur quelques principes judéo-chrétiens sans doute repris aux Nazaréens. Le nom même de Qur’an semble pris au syriaque quand firdaws est un terme persan et la description des houris s’inspire de Saint Ephrem.

Subsistent dans l’Islam des pratiques païennes, comme la circumbulation, l’adoration de la Pierre noire, la croyance aux djinns.

Pour ma part, victime de cet islam, que je n’exècre pas (car contrairement aux Musulmans, je suis tolérant), j’ai souffert d’une double peine.

Au rejet de ma famille s’est ajouté un rejet social, d’autant plus fort que je n’avais pas la carnation qui plaît en Europe.

J’en viens à ce point important : le fait de ne pas être leucoderme a fait que j’ai été en bute aux injures, au harcèlement, à la violence.

J’ai été volé, violé, battu, conspué par des Français soi-disant bien propres sur eux. J’ai connu des brutalités policières, j’ai été enfermé contre mon gré à Esquirol sur la foi de témoignages douteux.

Ainsi, ma vie s’est trouvée bouleversée, car j’étais en bute à l’homophobie des musulmans, et au racisme arabophobe des citoyens francais.

Trop longtemps, je me suis tu, mais je crois qu’enfin il est nécessaire que la vérité se sache. Face à l’hypocrisie française et à la violence homophobe musulmane, j’ai vécu un calvaire que je ne peux comparer qu’à celui d’Oscar Wilde.

On me juge criminel ?

Mais l’homosexualité n’est-elle pas dépénalisée alors que les voies de faits et la calomnie sont punies par la Loi ?

J’en ai assez, monsieur Tahar Ben Jelloun, d’entendre vos leçons de morale et vos discours lénifiants sur l’Islam comme religion d’amour et de fraternité.

Il n’y a pas et il n’y aura jamais d’Islam des Lumières car les termes sont antithétiques :  Les Lumières combattaient la superstition et l’obscurantisme, l’Islam les entretient.

Tout cela pour dire :

Que l’Islam est violent en soi car il est politique : son projet est d’asservir l’homme à un Dieu chimérique et le moyen d’y parvenir est celui de la religion comme opium du peuple.

Que la Société française est xénophobe à la racine et ce quelques soient les orientations politiques de ses dirigeants. La classe bourgeoise, car il s’agit bien là d’un problème de classes, se fonde sur la division sexuelle du récit de la Genèse.

Ce qu’elle nomme la norme est l’hétérosexualité obligatoire, legs donc de la tradition chrétienne.

Les homosexuels, pourtant militants dans d’autres domaines, ont de façon soumise, masochiste intégré la norme bourgeoise de définition du sexe, sans même la questionner, de sorte qu’ils considèrent comme efféminé tout homme qui s’éloigne de la prétendue « norme ».

Pourquoi ?

Parce que l’androgynie rappelle à l’homosexuel la part féminine qu’il n’accepte pas ou, tout du moins, que la société phallocratique n’accepte pas dans sa définition de la masculinité.

La société impose un modèle où la masculinité est créée par l’abandon de caractéristiques : un homme « ne doit pas pleurer », « ne doit pas se maquiller », « ne doit pas se déguiser », « ne doit pas montrer ses émotions ». Or, « cet homme tel que le veut la société » n’est rien d’autre qu’un enfant frustré et c’est cette frustration qui engendre la violence.

 

En tant que penseur du genre, je considère que la norme n’existe pas : c’est un fait culturel, variable de ce fait dans le temps et l’espace. Les artistes qu’on nomme gender-benders ont questionné cette norme, qu’il s’agisse de Grace Jones, Madonna, David Bowie, Marilyn Manson ou Brian Molko et ma démarche artistique et intellectuelle s’inscrit dans leur voie. Un artiste peut jouer la masculinité ou la féminité, l’homosexualité ou l’hétérosexualité. Ce ne sont que des masques qu’il emprunte pour montrer le caractère hautement artificiel du genre et de l’orientation sexuelle.

 

Les considérer ou me considérer comme des transgresseurs de la Norme, c’est accorder une existence juridique à un concept, comme s’il y avait un Beau ou une Vérité en soi, qui puissent être définis une fois pour toutes par des termes législatifs alors qu’il s’agit de concepts philosophiques.

 

Aussi, je trouve et c’est en cela que je vous critiquerai en tant qu’intellectuel musulman (et le reproche s’applique à vos confrères parisiens, quelle que soit leur religion) que vous faites preuve d’une certaine tolérance à l’égard d’une religion dont le seul désir est la destruction de son semblable.

 

Qui parmi vous s’élève contre l’homophobie des musulmans et le racisme français ?

Alors, je sais, le politiquement correct est à la mode, mais tout de même un peu de courage !

Pourquoi ?

Parce que par cette passivité, vous grossissez les lots de ceux qui rejoignent le Rassemblement National dont le but est de nous priver tous des libertés fondamentales.

Brahim Megherbi

Ecrivain & Artiste