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Manifeste du néo-décadentisme

Manifeste du néo-décadentisme

 

Publié dans le recueil Flèches, Homoromance, 2017

 

Comme tous les arts, la littérature évolue : elle subit une évolution cyclique avec des retours déterminés. C'est que toute manifestation d'art s’épuise ; alors, de copie en copie, ce qui fut le neuf devient poncif et lieu commun.

La littérature française actuelle se réduit à des bluettes sentimentales ou à des ouvrages dits engagés sur les sujets de politique ou de société du moment.

Ainsi, la génération Loft Story a entrainé la vague de la télé-réalité, qui permet à Nabila Benattia d’écrire l’histoire de sa vie. 

Nous ne jugerons pas la nature de ces ouvrages qui visent un public précis mais nous nous contenterons de signaler ainsi une décadence des lettres modernes.

La question du style est éludée et ce qui fait la valeur d’un livre - sa poésie – passe au second plan, quand elle n’est pas tout à fait absente. L’Académie française est sclérosée et ses lecteurs sont des Béotiens qui n’achètent que ce qui reçoit un prix littéraire, refusant de ce fait de penser par eux-mêmes. Quant à Eric Zemmour, il prétend attirer les regards sur « la décadence de l’Occident ».

Contre cela, je prône la littérature néo-décadente.

Les manuels littéraires classent les auteurs qui se rattachent à la fin du XIXe siècle sous l'étiquette « esprit fin de siècle » ou « décadence », en donnant à cette appellation un sens péjoratif, synonyme de dégénérescence et de dérèglement social.

L'esprit décadent se situe en décalage par rapport aux idées d'une beauté d'harmonie et d'équilibre telle qu'on la concevait jusqu'à l'arrivée du Romantisme. La foi dans le progrès n'est plus et l'harmonie dans la représentation ne convient plus. Le décadent préfère à l'équilibre la recherche de l'étrangeté et du bizarre. Ainsi, les valeurs deviennent des contre-valeurs, et c'est avant tout « à rebours » (titre d'un roman de Huysmans)  que se construit la conception esthétique de cette génération : le disgracieux participe de l'art.

La néo-décadence fait référence aux  maîtres du mouvement décadent  : Oscar Wilde, Joris-Karl Huysmans, le Sâr Péladan, Jean Lorrain ou bien Gabriele d'Annunzio.

La littérature néo-décadentiste se définit par  la recherche de l'idéal poétique par la peinture de la décadence des sociétés, du déclin des valeurs morales et de la déchéance humaine.

Elle propose une esthétisation de la vie commune.

Le torturé, le sérieux, l'emphase prennent le pas sur le la gaieté et le divertissement.  Thanatos versus Eros mais ne s’agit-il pas des deux faces d’un même phénomène ? 

Au sein de cet ensemble, le seul élément commun relève de la subversion, que celle-ci se manifeste par l'humour ou par l'innovation formelle.

La néo-décadence remet en cause le sérieux par un humour décapant, cynique et acerbe. Le sentiment métaphysique est toujours exprimé dans les œuvres, mais il est associé à la dérision. La littérature néo-décadente est privé de l'espoir d'une transcendance divine (d'une part, « Dieu est mort » selon Nietzche; d'autre part, Schopenhauer a fait du pessimisme une philosophie).

La néo-décadence s’attache aux fantasmes (homo) sexuels, aux paradis artificiels, aux pulsions mortifères …

La religion est, quant à elle, présentée sous l'angle des pratiques obscures (satanisme, gnosticisme…), du mysticisme, de l'ésotérisme et de l'esthétisme.

En revanche, la néo-décadence se traduit par un rejet de toute action politique, vouée à la déréliction. 

Le mouvement prend une distance radicale vis-à-vis de tous les combats politiques (anti-colonialisme, dénonciation des dictatures).

Il refuse l’engagement de l’écrivain, au sens où l’entendrait Jean-Paul Sartre.

Il aspire au contraire à l’individualité et veut assumer une prise de parole subjective, égoïste même, qui tranche avec le devoir de porte-parole.

De ce fait, l'écriture néo-décadentiste est plus introvertie, plus intimiste, plus nombriliste.

Si l'Art se définit comme une sensation raffinée, son but n'est pas de délivrer un message.

Suggérer est bien plus important que déclarer, quand les symboles et les correspondances se doivent d'être recherchés et utilisés pour faire revivre la Grâce.

Par conséquent, je rejette toute conception de l'Art comme objet utile.

Seules des choses inutiles peuvent être sublimes; tout ce qui est utile est d'une laideur, car il est l'expression d'un besoin et les besoins de l'homme nous dégoûtent.

La nature de l'homme est crasse et faible. Le but de l'Art n'est pas d'instruire; mais d' exprimer une certaine idée du Beau, ce que je considère comme la base de l'Art.

L'Art existe pour l'Art. La vie devrait copier l'Art, plutôt que le contraire.

L'homme instruit trouvera la même idée dans l'histoire des religions : l'Homme s'est créé un Dieu de pierre, bien plus que Dieu n'a créé Adam d'argile.

Aussi, je pense que Dieu est l'une des plus belles oeuvres d'art, la plus célèbre des sculptures qui ait jamais existé ; un Dieu chryséléphantin de Colère et de Fureur.

Un véritable artiste ne doit pas se soucier de la morale, ni même du plaisir que trouvera son oeuvre auprès de son public.

C'est la raison pour laquelle les ignares, les moutons, la vile multitude si obscène, vulgaire et ordinaire considère le néo-décadent comme un dépravé.

Ce que l'on nomme le Mal est un élément essentiel du progrès. Sans lui, le monde stagnerait et demeurerait incolore, car c'est un grand monde blanc.

Par leur caractère curieux, les mauvaises actions accroissent la force des expériences humaines.

Par l'affirmation intensifiée de l’Ego, elles nous sauvent de la banalité.

Si nous vivions assez longtemps pour voir le résultat de nos actions, il se pourrait que « les bonnes gens » éprouvent des remords et que le néo-décadent, que le monde désigne comme débauché, fou ou pervers, soit reconnu comme avant-gardiste.

Le souhait de provoquer un choc émotionnel est naturel et ne fait pas nécessairement dévier de son chemin.

Nombre de gens ignorent pourquoi ils jugent mal une chose aujourd'hui et l’encensent le lendemain.

La réponse est assez simple : ils sont attirés par ce que les médias les incitent à admirer.

Le néo-décadent, lui, agit en solitaire et ne se soucie pas du jugement des autres.

Les plaisirs de l’artiste sont onanistes.

Brahim Megherbi 

07/11/2017

 

Quelques thèmes pour une littérature néo-décadentiste :

 

Chute de l’Empire romain,

Chute du IIIe Reich,

Cléopâtre,

Héliogabale,

Inversion sexuelle,

Lilith,

Marquis de Sade,

Messaline,

Orgies des SA,

Perversions,

Sardanapale,

Salomé,

Satanisme

Sémiramis,

Théodora,

Vampirisme …