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Notes sur l'Art africain

 

L'art africain, "un art?"

La découverte

Au XIXème siècle, l’art africain est méprisé. Jules Verne évoque dans Cinq semaines en ballon (1862) des explorateurs qui trébuchent sur « des poteaux de bois qui avaient la prétention d’être sculptés »

La « découverte » de l’art africain se fait au XXe siècle.

Picasso, Matisse, Derain trouvent dans cette esthétique le moyen d’explorer des voies que les règles  de la perspective,  issues des peintres de la Renaissance, ne leur avaient pas offertes. Picasso, l’un des premiers collectionneurs d’oeuvres africaines, comprend « que c’était le sens même de la peinture », le moyen d’échapper à l’illusion figurative.

Voilà que des formes simplifiées, créées par sociétés dites « primitives », se trouvaient dotées d'une expressivité plus importante que les figures de l'académisme.

 Picasso voit en l'objets africain non plus une curiosité comme les colons qui les rapportaient en Europe, mais comme de l'art.

L’influence de l’art nègre va assurer l'essor du cubisme synthétique. Picasso ressent le besoin de s'appuyer sur le « dérangement primitiviste ». Le vocabulaire cubiste, ses reconstructions géométriques sont liées à sa réflexion sur la stylisation nègre.

Si Picasso emprunte à l'art d'Afrique noire, c’est pour son pouvoir expressif. Il affirme que c’est « un art savant » et contribue à une communication entre l'art moderne et les arts d'Afrique noire, rendant à ceux-ci leur place dans les développements de l'art de l'humanité

Querelles

L’art africain n’intéressait à l’origine que les ethnologues, jusqu’au combat de la fin du XXème siècle entre les ethnologues qui voyaient dans cet art la découverte d’une autre culture et les amateurs d’art qui ne voulait considérer que son esthétique.

Les amateurs d’art, comme Jacques Kerchache, ne voulaient considérer que « des chefs-d’oeuvre mis à nu », sans explication.  Ils luttaient contre les ethnologues, qui revendiquaient une mise en contexte. Pour les ethnologues, le débat entre connaissance et émotion esthétique n’était pas fondé : il n’existe pas d’objet seulement utilitaire. L’artisan y ajoute sa trace, son habileté.

Adopter une attitude esthétisante conduirait à considérer les arts avec un regard ethnocentrique qui aurait pour seule référence l’histoire de l’art.

Les Africains s’opposent à « une réduction de leur art à son seul esthétisme et y voient une atteinte à leur identité et un mépris d’essence colonialiste. ».

La présentation des masques comme des sculptures fait oublier que ce sont des institutions sacrées. Leur esthétique n’est pas négligeable, mais leur charge religieuse importe plus. Le but des conservateurs africains est de briser le regard européen qui, après avoir nié les cultures africaines, tente de se les approprier

Le débat entre ethnologues et amateurs eut le mérite de faire connaître au grand public ce que fut nommé « l’art nègre », « l’art primitif » et enfin les « arts premiers ».

Jacques Kerchache, avec l’appui du Président Chirac, réalise son rêve de musée à vocation esthétique : le quai Branly ouvre ses portes en 2006.

Contexte de l'art africain

La famille africaine « moyenne » regroupe les générations en un même lieu. Elle est au stade de la survie : l’homme doit nourrir la famille et le rôle de la femme est d’assurer la descendance. Chacun des deux sexes se trouve valorisé par la création artistique.

Les Africains n’ont pas la notion morale du sexe comme péché : ce qui concerne les parties génitales est mis en valeur et le pénis en érection est fréquent. Ce sont les symboles du lignage auquel appartient tout individu. Le culte de la fécondité est primordial, en raison de la mortalité infantile. Une femme ne se définit comme mère. La peur de la stérilité est présente et la pression sociale forte. D’où une statuaire qui célèbre la maternité. Les statues aux formes généreuses protègent des agressions – jeteurs de sorts, esprits malfaisants. Elles amènent bienveillance et prospérité. La statue marque les prérogatives féminines : enfanter et entretenir la lignée.

Les œuvres rituelles sont liées aux forces surnaturelles. L’esthétique et l’efficacité magique sont inséparables.

L’initiation fait entrer les adolescents dans le monde des adultes à travers des épreuves qui les amènent à se dépasser. Cette deuxième naissance s’accompagne de « stages » avec des membres d’une confrérie, qui procurent au néophyte un enseignement. Les masques sont utilisés pour intégrer les adolescents dans l’univers du sacré.

Typologie

La statue Biéri (reliquaire où étaient conservés les os des ancêtres), chez les Fangs du Gabon, par exemple, est le portrait d’un ancêtre. La puissance émanant du masque est capable de réveiller le sens du mystère chez celui qui le regarde. Le masque facial participe à de multiples cérémonies mais se prête aussi à des réunions secrètes.

Le masque frontal, recouvert d’un tissu ou de raphia, laisse le visage du danseur apparent, il est taillé dans une seule pièce de bois dans lequel le danseur rentre la tête.

Le masque d’épaule permet au danseur de dominer la foule. Le masque peut être miniature : il est montré aux enfants qui ne sont pas encore initiés.  Le masque est aussi utilisé comme ornement.

Le masque de sol est posé sur le chemin du roi ou autour de son trône.

 

Brahim MEGHERBI

 

Bibliographie sommaire

L’art tribal d’Afrique noire, Jean-Baptiste Bacquart, Assouline

Les arts d’Afrique, Alain-Michel Boyer, Hazan

Picasso, l’homme aux mille masques, catalogue du musée Barbier-Mueller, Somogy