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Question de genre

 

Ayant souvent subverti la notion de "genre" par jeu, parce que cela m'amusait de choquer, je fus confronté à des ignorants qui me prirent pour ce que je n'étais pas. Considérant la chose avec humour, j'ai expliqué dans mon roman Les Nuits pourpres, ce que je pensais de l'ambiguïté sexuelle.

Aussi la prochaine fois que l'on me traitera de travesti, je fracasserai le crâne de l'impudent avec l'Encyclopedia Universalis. Evidemment,  je plaisante (quoique).

Extrait des Nuits pourpres, où l'on se rend compte de l'idiotie crasse des Universitaires parisiens

Mon film sur Héliogabale incita à la perplexité, car en France, les Intellectuels tendaient à confondre, en raison de la place infime, réservée aux Gender studies, à la différence des Universités américaines (notamment, Berkeley, en Californie), trois données : le sexe, le genre, et l’orientation sexuelle.

Le sexe (ou sex), donnée biologique, correspondait au fait d’avoir des organes génitaux masculins, ou féminins ; le genre, ou sexe social (gender), représentait le rôle, et l’ensemble des représentations culturelles normatives, attribuées à chacun des sexes. Elles relevaient d’une règle communément admise, mais ne désignait aucune réalité tangible. Le fait d’être homo, hétéro ou bisexuel, était une question de choix, plus ou moins, motivée par des phénomènes psychologiques, d’où le terme d’orientation sexuelle. Pour résumer, il y avait ce que l’on était, ce que l’on jouait, et ce que l’on faisait.

Le travestissement (ou le fait d’emprunter les vêtements du sexe opposé) relevait du transgénérisme, ou cross-gendering (ou changement de genre), alors que le transsexualité était une question d’identité sexuelle, biologique. Ceci se justifiait dans un modèle théorique, car la réalité était autrement plus complexe. Ce qu’une société X considérait comme des attributions féminines (le fait de porter une robe) pouvait être perçu par un autre groupe humain, comme une pratique liée à la virilité (ainsi, le fait de porter une djellabah, dans le monde musulman, ou un kilt, en Ecosse).

Certaines célébrités, telles que David Bowie, Marilyn Manson, Brian Molko, d’une part, ou Annie Lenox, Madonna, Grace Jones, d’autre part, s’étaient amusées à brouiller la frontière entre les genres, moins pour transgresser une norme sociale, que pour montrer les diktats imposés à chaque sexe, par un système encor empreint de patriarcat.

Bowie était apparu, sur la pochette de The Man who sold the world, revêtu d’une longue robe féminine, jouant sur une certaine androgynie, que sa femme Angie prenait plaisir à soutenir, semant la confusion, dans les esprits bien-pensants des Seventies.

Le cas de Marilyn Manson était, plus intéressant encor, car s’il revendiquait l’héritage de Bowie, en se composant des dramatis personae, de façon à souligner la transmission du thème, à travers le temps, il se définissait « comme un être androgyne, et asexué, cherchant à ne représenter ni un homme, ni une femme, mais plutôt un entre-deux ».

Comme beaucoup de penseurs postmodernistes, Marilyn Manson rejetait le métarécit originel de la société judéo-chrétienne, basé sur le texte de la Genèse (sexe génétique = gender = hétérosexualité obligatoire). Dans Mechanical animals, Marilyn Manson allait plus loin, en se créant l’alter ego d’Omega, qui figurait, nu sur la couverture du livret, mais sa nudité blanche (retouchée par informatique) ne montrait, en guise d’organes génitaux, qu’un renflement indifférencié, au niveau de l’entrejambe, mont de Vénus, ne surmontant point de fente vaginale, à moins que les testicules et le pénis n’aient été absents. Omega était conçu en référence aux poupées Mattel (Barbie et Ken) et Manson soulignait ainsi un état d’innocence de l’enfance. Que signifiait ce paradoxe, si on l’appliquait à l’ambivalence sexuelle ? Il désignait l’existence d’une part féminine, chez l’homme (Marilyn, symbole de frivolité et de glamour), et d’une part masculine, chez la femme (Manson, comme représentant de la violence et de l’agressivité).  Jung parlait, quant à lui, d’animus, et d’anima.

Le pseudonyme de Marilyn Manson associait le nom de l’actrice hollywoodienne Marilyn Monroe, symbole du glamour, du sexe, de la beauté, de la féminité, à celui du gourou hippie, Charles Manson, représentant de l’horreur, de la mort, de la manipulation mentale, et de la masculinité. Cela permettait de comprendre ce que Marilyn Manson désignait par entre-deux. Il posait une équation : d’une part, le rêve américain, d’autre part, sa réalité sordide. Que devait-on en tirer ? L’existence d’une part obscure, chez l’actrice (ses phases dépressives, et son suicide), et d’une phase lumineuse, chez Charles Manson (son charisme, et sa position de leader), de sorte que le performer mettait en évidence, l’ambiguïté de l’âme humaine. Plus futé que ses détracteurs puritains d’Outre-Atlantique, ou les bourgeois scandalisés, par bien peu de choses, de notre côté de l’Océan, l’Américain savait réfléchir, ou en tout cas, consulter un dictionnaire de psychanalyse.

Qu’il s’entoura de tous les clichés du grand cirque rock n’roll (prétendues beuveries d’une Superstar, qui carburait, plus souvent au Coca Cola light, qu’à la cocaïne, avec laquelle, il prenait un malin plaisir à être pris en photo) ne remettait pas en cause son puissant intellect. Interrogé sur ses références culturelles, Marilyn Manson citait Roland Barthes, Michel Foucault, Andy Warhol, Hegel et Friedrich Nietzsche, tout en se passionnant pour les apôtres de la contre-culture, de Timothy Leary à William Bourroughs, en passant par Kenneth Anger. Mais, qui, au XXIe siècle, lisait encore les philosophes allemands du XIXe siècle ?

Certainement pas les Universitaires Français, qui ne comprenaient rien, à Marilyn Manson, ni à Héliogabale, d’ailleurs.

Brahim MEGHERBI - EDILIVRE - Tous droits réservés - 2013