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Rumeurs

Hervé était un benêt qui m'enviait si fort qu'il prêta foi aux rumeurs aussi idiotes que cruelles qui circulaient sur mon compte et qui, bien entendu, étaient infondées. Le fait qu'il ait pu y prêter foi me peina et me fit tellement souffrir que je fus dégoûté à jamais de l'université de Paris VII.

Comment croire que le Professeur si estimé et du moins en apparence intelligent put ainsi s'associer à la bande de Saló que constituait la clique des étudiants incultes et abjects de la formation de Cinéma? 

J'avoue que je ne comprends pas ce manque de discernement. Certains sont faits pour être manipulés, d'autres pour manipuler. Hervé croyait être un"bon manipulateur" mais il semble après mûre réflexion qu'on pouvait user de lui comme d'un pantin. Les femmes excellent à ce petit jeu et sans doute la sienne le menait elle par le bout du nez. En fait, l'homme est une créature risible qui se moque de son semblable à défaut de se regarder dans le miroir. La paille dans l'oeil de son voisin sera toujours plus grande que la poutre qui se trouve dans le sien.

Je ne sais pourquoi, pourtant, je daignais faire confiance à Hervé lorsqu'il se fut rendu compte qu'il m'avait causé du tort. Il prétendit agir à mon égard comme un psychanalyste ce qui était pour lui un moyen de ne pas affronter la réalité : la douleur qu'il m'avait infligée était normale à ses yeux. Néanmoins, je m attachais tant à lui sans le vouloir consciemment que je lui par donnais ses offenses et que j'en vins même à l'aimer au point de ne pouvoir m'en détacher. Situation assez complexe car je ne pouvais évoluer qu'en me détachant de lui et en "tuant" symboliquement le Père, ce que je fis par l'écriture.

En fait, je compris ainsi qu'il y a deux sortes d'hommes : ceux qui sont prêts à transmettre et ceux qui sentant leurs faiblesses intellectuelles (et Hervé était l'un deux) préfèrent blesser, castrer celui qu'ils perçoivent comme un rival. Ils sont alors prêts à toutes les vilénies, à mépriser, critiquer, descendre celui qui leur inspire de l'envie. Ils cherchent comme un charognard à défendre leur beefsteak, qu'importe alors les moyens qu'ils utilisent: faire passer pour fou ou rebelle une personne plus brillante et plus talentueuse. 

En fait, la Ville-Lumière ne doit sa réputation d'excellence qu'à la vanité de ses habitants et à la sottise des touristes : seuls les egos disproportionnés y trouvent leur place et encore, cela ne se fait qu'au prix de mille bassesses. La qualité du travail est surfaite, ce qui est recherché n'est pas la grandeur mais la capacité à éliminer ses concurrents. Contrairement aux Etats-Unis où le meilleur réussit, à Paris c'est le vampire qui règne, celui qui saura détruire ses concurrents même si fondamentalement il est bien plus mauvais.