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Où est Charlie?

 

Examinés avec du recul (ce qui fut rarement fait), les événements du 7 janvier 2015 nous poussent à prendre position contre le fanatisme islamiste et à réaffirmer avec Voltaire :

« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites,

mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire. » 

Je ne partage pas les opinions des journalistes de Charlie hebdo qui jouaient avec le feu en publiant des caricatures insultantes envers le prophète Muhammad. Ils avaient déjà été menacés et leur local incendié. D’autre part, leur tête était mise à prix … autant d’éléments qui auraient dû les pousser à faire profil bas. Néanmoins, je condamne le fait qu'ils aient été mis à mort par des terroristes, dont le seul credo est d'instaurer la violence pour bouleverser l'état de droit. La liberté d’expression devrait permettre à tout individu de dire ce qu’il pense, même si cela est contraire aux principes d’une morale étriquée et moyenâgeuse. Comme le rappelle le pape François Ier, « la liberté d'expression est un droit fondamental mais ne doit pas insulter les croyances d'autrui » (Huffington Post, 15 janvier 2015).

Pourquoi «Je ne suis pas Charlie»?

Tout simplement, parce que le problème de l’intégration pose celui de l’acceptation d’un individu dans une autre communauté, de sorte qu’il n’y a pas de jeune refusant l’intégration, mais des individus à laquelle celle-ci se trouve spécieusement refusée. La couleur de peau, les différences ethniques ou religieuses ne posent problème que si l’on refuse d’accepter l’Autre comme un autre Moi-même. Il faut donc que le Français leucoderme règle son problème d’acceptation de l’Autre et la question de l’intégration ne se posera plus.

A quoi bon crier hypocritement - ou pour se sentir faire partie de la masse - « Nous sommes tous Charlie » si nous méprisons notre voisin l’instant d’après?  Le sentiment de communion nationale n’est qu’illusoire et cache mal le racisme latent de la population française qui nous paraît décomplexée, depuis les propos limites des anciens dirigeants UMP, qui font le jeu du Front National. Désormais, nul ne se gêne en France de prendre parti pour Marine Le Pen, arguant de ce qu'elle dirait des vérités que nul n'oserait clamer trop haut. Insulter un Arabe, assimilé à un terrroriste musulman ou un Rom, en raison de son origine ethnique ou de sa religion est devenu un moindre mal et les intentions de vote en faveur des partis extrémistes se font de plus en plus nombreuses. De tels comportements sont condamnables, ce qui est rarement fait, voire mal fait.

En fait, le racisme en France est devenu une opinion, il s'est banalisé et est devenu pour certains - qui s'estiment lésés par les autres partis et leur politique - une voie de secours. Je me sens menacé par les étrangers, par l'Europe, par les migrants donc je me crispe et je me replie sur un identitarisme malsain. 

L'islam, une menace? Dans un pays qui respecte la liberté de culte, il faut comprendre que l'islam est multiple et que son traitement doit supposer un ajustement. Sans entrer dans le détail, il me paraît important de noter la différence entre l'islam traditionnel (qui admet le culte des saints ou walis), en perte de vitesse et souvent questionné  et l'islam d'inspiration salafiste qui récuse les formes de dévotion populaire. Ce dernier s'est politisé et a engendré des groupes armés terroristes. La religion se doit d’être tolérée dans un pays laïc mais ne nous bernons pas : il serait faux de dire que l’islamisme radical n’est pas l’islam, il en constitue un mouvement, « une secte » au sens anglais du terme.

Il faut rester inflexible sur la préservation des droits fondamentaux. Chrétiens et Musulmans fondamentalistes n'ont pas à nous imposer leurs vues sur les moeurs (et de ce fait, sur l'homosexualité). Il paraît donc nécessaire que l’Education joue son rôle par la redécouverte du patrimoine mondial, par des cours d’histoire des religions et par l’introduction des Queer studies non pas seulement au niveau universitaire mais aussi au collège et au lycée. Car comment enseigner Rimbaud si l’on exclut ses attirances, comment aborder Wilde si l’on ignore sa fin lamentable et ce qui la précipita, doit-on oublier Von Gloeden qui redécouvrit l’Antiquité à Taormina ? Comment parler d'Islam si l'on ne rappelle pas ses liens étroits avec les deux autres monothéismes (n'oublions pas que notre culture n'est pas judéo-chrétienne - respecte-t-on le Shabbat?, mais méditerranéenne - où l'influence romaine n'est pas négligeable) mais aussi avec le polythéisme de la Mecque, dont il a constitué l'évolution certaine. 

Evidemment, au niveau de la foi, la position la meilleure (la plus jusqu’au-boutiste) serait celle de l’athéisme, mais cela suppose un degré de maturité spirituelle que tous ne possèdent pas. Bien loin de moi l’idée de l’ériger en doctrine, mais l’athéisme nous apparaît comme le degré ultime dans une position évolutionniste. Débarrassé de la possibilité d’un Dieu (et donc de la crainte qu'on lui a inculquée), l’homme parvient à trouver en lui la force et la puissance de vie dont il a besoin pour se transformer en individu ayant réalisé toutes ses possibilités.

Combien désuète l’idée de l’égalité entre les hommes : elle n’a jamais été réalisée car l’individualisme prôné par la société de marché a pris le dessus (la dernière paire de Converse fait de moi un consommateur à la pointe du style, mais combien d’autres en portent pour la même raison?). Il nous faut donc postuler qu’il existe une hiérarchie et elle ne peut-être culturellement qu’intellectuelle entre les êtres. Le développement personnel nous semble le but à viser car il est le seul à même de nous faire produire ce qui nous dépasse. Ce peut être un tableau pour un peintre, un opéra pour un compositeur …  le chef d'oeuvre de l'écrivain. Qui pourrait se comparer à Gustave Flaubert, Léonard de Vinci ou à Richard Wagner ? Qui parlerait à ce niveau d’égalité ? C’est par leur travail et par leur individualité propre qu’ils ont su s’élever au-delà de la masse et que nous les respectons encore.

De sorte que l’homme d'esprit (plutôt qu'intellectuel) n’a au fond qu’une injonction (celle de l'abbaye de Thélème) à respecter : Fay ce que veux sera toute la Loy.

 

 Brahim Megherbi

Article révisé le 22 octobre 2015